Première période de formation en milieu professionnel
Récits de travail de leur première période de formation en milieu professionnel par les élèves de la classe de première année de CAP Agent Accompagnement Grand Âge du Lycée des métiers Brossaud-Blancho.
D.
J’ai passé mon stage en EHPAD à Sainte-Reine-de Bretagne, ce n’est pas très loin de Pont-Château où je vis.
Mon stage s’est passé du 2 au 30 janvier, j’ai bien travaillé, j’ai fait des activités comme des jeux de société, du nettoyage, la toilette, donner à manger, la plonge, l’animation (c’est là que j’ai passé le plus de temps avec les résidents).
Aider pour la douche était difficile pour moi, je n’ai pas été formé pour ça. Je suis jeune, et comme c’est le métier et qu’ils m’ont demandé de faire, je l’ai fait, pour les deux genres. Pour les hommes, c’était facile mais, pour les femmes, c’était dur, je n’avais pas le choix même si la toilette ne faisait pas partie des éléments attendus du stage.
Je me rappelle bien d’une fois, j’étais avec ma tutrice qui m’a laissé cinq minutes, seul, avec monsieur T. pour aller aider un autre résident. Je l’ai assis sur les toilettes en attendant qu’elle revienne, et il est tombé. Quand la tutrice est revenue, j’étais triste car je pensais que c’était ma faute. Elle m’a dit que non ce n’était pas ma faute.
Ce jour-là j’ai perdu le moral, c’était le seul moment difficile pour moi pendant le stage.
Les moments que j’ai aimés, c’était pendant le jeu Triomino, car j’avais du temps et je les accompagnais dans la salle à manger ou à leur chambre. J’ai eu beaucoup de contacts avec les résidents. Ils étaient sympas. Les personnes avec qui je travaillais aussi m’ont bien accueilli parce qu’ils ont vu que je travaillais bien. J’ai tout donné !
À la fin du stage, la directrice m’a proposé de revenir et de remplacer quelqu’un pour l’été, l’équipe était très contente de mon travail, alors je suis fier de moi. Je suis sur cette filière Agent Accompagnement Grand Âge, en CAP, en espérant devenir brancardier ou ambulancier, mais je ne voudrais pas travailler en EHPAD.
E.
J’ai fait un stage en EHPAD à la résidence Le Port à Saint-Nazaire.
Ça s’est bien passé pendant les trois semaines, j’étais plus en accompagnement avec les résidents qu’à faire le ménage.
J’arrivais à l’EHPAD à 7h du matin. Quand j’étais là, il fallait que je remplisse les pots de lait, de café et de thé pour le petit déjeuner. Après, je partais distribuer le petit déjeuner dans les chambres. Ensuite, on faisait les lits, on nettoyait les chambres et puis on faisait la toilette intime des résidents qui ne sont pas autonomes.
Je n’ai pas trouvé de choses difficiles, sauf les deux premiers jours parce que je ne connaissais pas trop les méthodes. Le reste des jours j’étais dans le rythme.
Faire la toilette intime n’était pas très compliqué mais il fallait manipuler, lever, mettre assises des personnes qui étaient plus lourdes que moi. À chaque fois que j’entrais dans la chambre, il fallait que je demande si le résident acceptait. On ne peut pas le faire sans consentement. Ça dépend de la confiance et des conseils que ma tutrice me donnait selon la personne. La confiance des gens est importante, il y a une relation qui s’installe petit à petit.
Par exemple, il y a une dame qui était contente de me voir parce qu’elle avait adopté une fille sénégalaise. Et moi je suis Africaine, alors elle me racontait la vie de sa fille et de sa famille, elle parlait de la nourriture de son pays. Elle était très contente parce qu’elle me voyait comme elle. Je n’étais pas étonnée parce que je trouve ça normal, car je connais d’autres personnes d’origine africaine qui vivent avec des parents Français.
Quand j’étais là-bas, il y avait une épidémie de gastro. On devait travailler avec des masques et on devait se laver les mains tout le temps pour ne pas attraper le virus.
Ce qui me faisait plaisir, c’était la dame qui m’appelait pour lui donner son verre d’eau, mais c’était juste une raison pour me voir. Elle me disait que j’étais toujours là pour elle et que je l’aidais pour beaucoup de choses dans son quotidien. Et ça, ça me faisait vraiment plaisir parce que c’était mon premier stage. Je me sentais importante pour elle. Je me sentais valorisée.
T.
J’ai fait mon stage à l’automne, à Montoir de Bretagne. J’ai bien aimé parce qu’il y a une bonne ambiance là-bas. J’ai eu de bons contacts avec les résidents, ils étaient sympas. J’ai fait le ménage dans leurs chambres.
La chambre que je préférais était celle d’une dame, elle était très drôle quand elle parlait. Elle avait un petit poisson. Un jour, je suis rentrée dans sa chambre. Elle était très heureuse car elle avait 100 ans, mais elle n’était pas en forme ce jour-là. Elle en avait marre car elle pensait que tout le monde la croyait folle parce qu’elle parlait avec un poisson. J’ai dit qu’elle n’était pas folle car tout le monde parle avec des animaux. Moi par exemple, je parle avec mes chats. Mais elle commençait à insulter les gens. J’ai trouvé drôle de voir une résidente insulter mais aussi triste de voir tout le monde la trouve folle.
Il y avait aussi un autre résident qui me faisait peur parce qu’il posait un regard imposant sur moi. Je n’aimais pas ça et je n’étais pas rassurée de rester seul avec lui car j’ai remarqué qu’il était comme ça avec toutes les aides-soignantes. *
Il y avait aussi un autre résident qui était trop sympa. Il a vu que j’avais mal au poignet et il m’a passé de la crème.
À la fin, même si j’ai aimé ce stage, j’ai été un peu triste car je n’ai pas eu le temps d’avoir beaucoup de contacts avec les résidents.
M.
Je m’appelle M. J’ai fait un stage de trois semaines à l’ EHPAD Suzanne Flon à Saint-Nazaire. C’était à quatre minutes de chez moi et j’étais avec mon camarade de classe R.
Ce que j’ai aimé c’est quand on scannait les vêtements avec la tablette où étaient écrits le numéro des chambres des résidents et leurs noms. J’ai bien aimé parce que j’ai tout bien fait. J’ai aussi fait du nettoyage, du linge et j’ai aidé les personnes âgées à manger.
Je n’ai pas aimé le linge parce qu’il y avait beaucoup de choses à laver ; en revanche, j’ai apprécié en faire la distribution. C’était agréable parce que quand on rentrait dans les chambres des résidents, parfois on parlait avec eux. On parlait de comment se passaient les journées, s’il ou elle avait bien mangé, et on posait des questions : comment ils ou elles se sentent ? De quelles aides ils ou elles ont besoin ?
Il y avait une résidente qui me parlait d’avant, quand elle était professeur d’espagnol. Elle se rappelait encore des mots en espagnol. À chaque fois que je passais devant elle, je lui disais « Hola ! » Et elle me répondait pareil, même si je ne parle pas espagnol.
H.
Je m’appelle H. J’ai fait mon stage de trois semaines à l’EHPAD Louise-Michel dans l’unité de vie protégée.
L’unité de vie protégée c’est l’endroit où il y a des personnes âgées avec des difficultés. Par exemple, il y avait une dame qui avait l’Alzheimer. C’était une résidente que j’aimais bien, Mme L., elle oubliait souvent où elle habitait donc je la ramenais dans sa chambre. Elle était tout le temps dans le hall à attendre son mari, mais son mari ne venait pas parce qu’il était en mer, il faisait du bateau. Pour la réconforter, j’essayais de la faire rire.
Ce que je n’ai pas aimé c’est qu’il y avait un aide-soignant qui parlait mal à tout le monde, à ses collègues et aux résidents. Du coup je l’ai dit à mon tuteur et mon tuteur a convoqué l’aide-soignant, et voilà…
M.
J’étais en période de formation en EHPAD, à Suzanne Flon. J’ai fait de l’aide au repas dans les chambres des résidents et servi le petit déjeuner. J’ai fait le ménage, j’ai compris toutes les consignes données par ma tutrice. Je faisais le ménage dans le petit salon. Dans cet endroit, c’était bien décoré : il y avait des tables hautes et une télé accrochée au mur. Cet endroit était calme.
Je passais la serpillière dans le salon, à ce moment-là, une dame s’est mise à crier. Elle hurlait tout le temps. Quand je rentrais dans sa chambre, elle sursautait : « Vous m’avez fait peur jeune-homme ! » Elle hurlait tous les jours, elle disait : « Il y a un monstre dans ma chambre ! » J’ai ressenti la peur à mon tour.
Je voulais l’aider à lui changer les idées, à se promener dans le couloir, de la chambre jusqu’à l’ascenseur. Je n’avais pas le temps de faire ça donc j’en ai parlé aux aides-soignantes.
Je me suis senti triste pour elle et déçu de ne pas pouvoir l’aider, impuissant.
Le métier m’a plu malgré tout.
R.
Je suis en CAP Agent Accompagnement au Grand Âge au lycée Brossaud-Blancho à Saint-Nazaire. Pendant ma première période de formation en EHPAD, à Creisker, j’ai fait du ménage, de la lingerie et j’ai servi le petit déjeuner. Ça m’a beaucoup plu. J’ai accompagné des personnes âgées au restaurant, à une animation et dans leur chambre.
J’ai discuté avec une personne âgée, elle était atteinte d’un cancer partout dans son corps. Elle me l’a dit. Elle hurlait de douleur à n’importe quel moment. J’ai appris qu’elle était journaliste avant. Elle m’a raconté sa vie et je l’ai aidée à ne pas crier partout et tout le temps. Elle en avait marre de crier alors j’ai proposé une chose : lui faire un signe pour qu’elle arrête. Au début, elle n’était pas trop d’accord elle disait qu’elle ne voulait pas de signe. J’ai dit qu’il fallait arrêter parce que les autres allaient être fatigués et elle a dit : « Ok, mais quel signe ? » Je lui ai proposé de mettre un pouce en l’air pour qu’elle cesse.
Un mercredi, quand je suis entrée dans sa chambre elle criait, j’ai mis le pouce en l’air, elle a arrêté tout de suite et on a commencé à avoir une petite connexion ensemble. Quand j’allais dans le restaurant ou dans sa chambre et qu’elle hurlait, elle s’arrêtait directement. Quand les aides-soignantes arrivaient ça ne marchait pas. La dame m’a dit merci de l’avoir aidée à ne plus crier, elle se sentait entendue par moi, la dame m’a dit : « Tu n’es pas comme les aides-soignantes parce qu’elles me crient tout le temps dessus ». Et moi je ne voulais pas lui hurler dessus parce que c’est méchant et ça ne se fait pas de brailler sur les personnes âgées. La dame a dit : « Tu as raison, il ne faut pas s’égosiller sur les personnes âgées, ça aggrave les choses ». Or, c’est ce que faisaient les aides-soignantes. Elle a dit que je la comprenais, pas comme les autres. En revanche, quand mon stage s’est terminé, elle m’a dit : « Oh non, il faut que tu restes avec moi, j’ai besoin encore de ton aide ! » et moi j’ai dit : « Je ne peux pas vous ramener au lycée, ça va être compliqué et je ne peux pas revenir pour mon prochain stage. Mais peut-être que plus tard je travaillerai dans cet EHPAD et j’espère que vous serez encore là… »
Elle m’a répondu qu’elle n’en était pas sûre et m’a promis d’arrêter de crier. Je ne sais pas si elle l’a fait.
T.
Je vais vous raconter une anecdote de mon stage de trois semaines en EHPAD. J’étais en lingerie et nous pliions le linge. Après avoir fini, nous devions le distribuer, nous avons fait plusieurs couloirs. J’ai distribué le linge à plusieurs résidents. Tout cela s’est très bien passé.
Ensuite nous sommes allés à l’USA (Unité de Soin Adapté), et on m’a présenté une dame qui s’appelait Simone, elle avait Alzheimer à un niveau très avancé. Cette dame avait la particularité de déambuler avec des chaises, ce qui faisait énormément de bruit. Pendant que nous distribuions le linge dans les chambres en USA, Simone est venue et nous a pris notre chariot à linge, pour déambuler avec et faire un tour. Cinq minutes plus tard, elle est venue nous le rendre car elle avait fini son tour. Cette dame était très mignonne. Elle donnait sa main à la lingère et, comparée à d’autres personnes qui ont Alzheimer, elle n’était pas agressive.
En même temps, j’ai rencontré une autre dame mais je ne savais pas quelle pathologie elle avait. Ce que je savais, c’est qu’elle faisait des onomatopées : « oh oh oh oh » en expirant, et elle le faisait tout le temps. Un jour, il y a eu des travaux car ils changeaient le sol, ils enlevaient les portes pour les raboter. Cela faisait beaucoup de bruit et énervait les résidents. Cette dame avait très peur car elle pensait que c’étaient les Allemands qui débarquaient. Elle avait peur car elle était née pendant la guerre et avait été traumatisée par cela. En plus, les gens qui changeaient le sol lui ont dit que si elle rentrait dans sa chambre elle allait crever. Ce n’est pas une blague appropriée pour ce genre de personne !
Z.
En allant sur mon lieu de stage à l’Ehpad l’Automne, à Montoir, ma tutrice m’a dit que j’allais proposer une animation à présenter aux résidents. J’ai donc proposé une animation qui travaillait la mémoire et la maniabilité. Nous avons préparé l’animation en amont, ma tutrice et moi. J’ai imprimé des coloriages divers et variés, et j’ai préparé les bacs avec des ciseaux à bout ronds pour ne pas qu’ils se blessent et des crayons de couleurs. Je les ai disposés au milieu des tables pour que chacun puisse se servir en étant autonome.
Ils étaient environ quinze à vingt résidents à l’animation. Chacun devait colorier ou dessiner quelque chose qui leur rappelait leur enfance. Il y avait deux dames qui ont colorié un jardinier, car ça leur faisait penser à quand elles jardinaient avec leur papa, et ça leur rappelait des souvenirs. Il y avait aussi un monsieur en fauteuil roulant qui a colorié un basketteur, car c’était son sport préféré et qu’il en pratiquait avant.
Cette activité leur a plu, et les résidents m’ont même demandé de revenir plus souvent. Ce qui m’a fait plaisir c’est de voir que mon travail a été apprécié, et qu’ils m’en ont fait part en me le disant, et en faisant l’activité avec enthousiasme et envie. Ils étaient souriants et contents de participer à cette animation.
Paroles recueillies et mises en récit dans le cadre de la collaboration du CCP
avec l’équipe enseignante du lycée Brossaud-Blancho de Saint-Nazaire, 2026