« Labore nobile » le film de Juliette Achard tourné à Saint-Nazaire
La cinéaste Juliette Achard a été accueillie en résidence par le CCP en 2021-2022. Si au départ la réalisation d’un film n’était pas l’objectif de cette résidence… les rencontres, les paysages, la ville de Saint-Nazaire ont conduit la cinéaste à se lancer et à y filmer le travail.
🔗 Pour en savoir plus lire L’entretien de Juliette Achard
Le film
Résumé
À Saint-Nazaire, la grande industrie œuvre à ciel ouvert, là où la Loire rejoint l’océan atlantique. Le film mêle les paysages singuliers de l’estuaire aux paroles d’habitants, comme autant d’acteurs pris dans les contradictions de notre époque et de la société du travail.
Écriture, réalisation, prise de son et montage : Juliette Achard
Montage son : Marlène Laviale
Production : Aresennam (BE), Les Films de la caravane (FR)
Financements et soutiens : CNC – FAI, GSARA, CBA – Centre de l’Audiovisuel à Bruxelles, Région Occitanie, PROCIREP-ANGOA, CCP
espace
Le film est en compétition au festival international du film documentaire Cinéma du réel 2026.
À Saint-Nazaire, la grande industrie œuvre à ciel ouvert, là où la Loire rejoint l’océan Atlantique. Le film mêle les paysages singuliers de l’estuaire aux paroles d’habitants, comme autant d’acteurs pris dans les contradictions de notre époque et de la société du travail.
« Par le travail qui t’anoblit » : le premier long métrage de Juliette Achard fait sienne la devise de Donges, où se dressent le terminal pétrolier et la raffinerie du port de Saint-Nazaire. Labore Nobile n’ignore jamais l’aliénation, mais il refuse d’en faire l’horizon nécessaire du travail, rappelant que « les humains aiment faire, n’ont jamais été avares d’efforts ». Son geste consiste ainsi à restituer le travail à ceux qui l’exercent : ouvriers, dockers, habitants deviennent les acteurs d’un film qui revisite l’histoire du développement de l’estuaire de la Loire, ses transformations environnementales, la reconfiguration de ses rapports sociaux et les déplacements de la notion même de travail. Saint-Nazaire offre le cadre d’un paysage qu’elle a entièrement façonné, et garde encore la mémoire vive d’une « époque où le travail tenait la terre en équilibre ». On y apprend beaucoup : sur la construction des navires aux Chantiers de l’Atlantique ou des fuselages d’avion aux ateliers Airbus, sur l’adaptation des paysages au gigantisme industriel ou la déshérence des marais voisins. Mais ce savoir ne circule jamais qu’à travers les voix mêmes de ceux qui y vivent : ouvriers, habitants, générations différentes qui portent sur l’idéologie de la croissance des regards nécessairement divergents.
C’est ici que le projet d’Achard trouve sa forme, qui articule sans cesse la représentation du travail et le travail du cinéma. Héritière de l’éducation populaire autant que de la pédagogie straubienne, elle part d’une conviction simple – que « le pouvoir se joue toujours sur de l’énonciation » (Daney) – pour élaborer avec ses interprètes un dispositif où la parole est à la fois travaillée et affirmée. Le film oscille alors entre répétition et spontanéité, entre l’expérience vécue et la citation théorique, convoquant aussi bien les analyses des travailleurs que celles d’auteurs ayant pensé les structures de domination économique. Achard déjoue les risques d’aplatissement de la frontalité didactique par un goût très sûr pour la circulation du récit, pour les suspensions de la langue et pour les correspondances du montage. Une phrase laissée en suspens trouve sa relance dans une image ; une réflexion se prolonge dans un aria accompagnant la mise à l’eau d’un paquebot, et le film réalise la promesse contenue dans sa devise de manière éclatante : beau travail.
Antoine Thirion



